mardi 9 juin 2009

Citation

Tibet: "La musique n'est qu'une ornementation de l'éternel silence sur lequel elle se déploie"

L'Exaltation

Pour donner vie à la musique, "il faut l'exaltation", disait Pablo Casals aux musiciens qui l'entouraient. Les variations sur un thème sont une sorte d'exaltation, le trille sur une seule note est une exaltation. Et le feu de l'exaltation dans lequel s'était forgé ses convictions se nourrissait lui-même de l'émerveillement constant où le plongeait la contemplation de la nature.
Il incitait donc tout musicien à se retremper dans la nature comme le faisaient Beethoven et Schubert dès qu'ils en avaient la possibilité, contempler quelque Mont Canigou, comme il le fit lui-même bien souvent, au lever du soleil.
Alors, leurs interprétations seront vivantes, authentiques parce que jaillissant des sources profondes, "avec leur âme".

Il semble que dans les domaines de la création et de la recréation musicale, il y ait de plus en plus d'appelés et de moins en moins d'élus. Pour remédier à cet état des choses, il faut remonter la pente dangereuse de la facilité et du rendement accéléré qui vont à l'encontre de l'art.

Paul Tortelier.

Ralentir et contempler la nature, pour écouter autour de soi et dans son for intérieur. Tel est l'unique voix pour trouver le chemin de l'expression pure.
Car le bruit acoustique, matériel et émotionnel de notre monde actuel détourne malheureusement nos sens vers des perceptions bien déformées, à l'image de ces ondes radios brouillées par une surcharge de l'exploitation du réseau hertzienne.

Ouverture

Ce blog a été crée pour me servir de terrain d'étude et d'échange autour d'un sujet: Le SON.
Sujet vaste et passionnant, surtout dans le monde de la musique classique, ou "cultivée".

Il ne s'agira pas ici d'initier une nouvelle dissection de sa constitution physique, ni de re-situer de nouveau les limites qui le séparent du bruit.
On se propose ici d'observer son fonctionnement dans le langage musical classique occidental, et de voir comment il peut agir dans un seul et même but:
Exprimer les sentiments humains.

En bon observateur et en bon chercheur, tel un scientifique acharné, force est de constater que le son recèle d'innombrables possibilités existentielles.
De sa naissance, en passant par sa conduction, et jusqu'à sa mort, il est doué d'une infinité de visages, tel un numéro de Loto que l'on essaierait de décliner sous toutes ses combinaisons, pour finalement, si existence il y a, dénicher les heureux vainqueurs de la super-cagnotte expressive.

Depuis quelques décennies, l'électronique a permis d'explorer les propres limites du son, au-delà du physiquement réalisable, observant son âme sous toutes ses coutures et l'amenant aux confins des formes humaines, et parfois encore, vers des mondes totalement surréalistes.

Qu'en était-il avant cette nouvelle ère moderne?
Qu'entendaient les musiciens des époques passées et que cherchaient-ils?
Je veux croire qu'en toute période de l'histoire de la musique, comme à l'ère informatique, de telle études sur le plan sonore ont toujours existé, mêlant bon sens, objectivité et discernement.
Etudes toujours renouvelées avec un engouement sans bornes par des musiciens-compositeurs toujours plus au faîte de leur art et de leur sens.

On peut se demander si leur acuité auditive n'était pas simplement plus grande que la nôtre aujourd'hui, nous qui subissons tant d'agressions du monde extérieur et qui fréquentons des endroits très éprouvant pour nos oreilles (y compris les musiciens et moi le premier) comme les discothèques et autres métros enragés. Leur acuité a pu être d'autant plus préservée et développée que le monde sonore des siècles passés était plus calme. De plus, leur musique, la musique "cultivée" et même traditionnelle, était dévoué à des fins esthétiques très précises, souvent imprégnées d'esprit et de pensées philosophiques, à l'image d'un met extraordinaire seulement né d'une riche et exigeante combinaison de savoir pratique et théorique.

Véritables commandements à la vie sonore, ces esthétiques, suivant les époques, incluaient principes purement terriens et conceptions philosophiques plus spirituelles, telle cet ordre parfait:

- Imiter la parole humaine, sa voix et ses inflexions (règle d'or dans presque toutes les civilisations du monde) pour, ainsi, faire renaître sur terre le langage céleste.

Ces réflexions sont nées au fur et à mesure de mon expérience musicale en tant qu'instrumentiste, partant d'une constatation simple et appuyée avec le temps:

Notre Tradition musicale occidentale actuelle se dévoue essentiellement à la reproduction d'un son qui évolue sans cesse et ce, de plus en plus rapidement. Cette accélération semble attirer toutes les influences sonores vers une homogénéisation globale tel des corps célestes se réunissant sous l'effet d'une force gravitationnelle qui augmente sans répit.
Je parle ici du son et non de l'imagination de chaque artiste, qui tend à s'unifier, tout en réclamant toujours, bien sûr une attention phénoménale à chaque musicien pour l'élaborer avec autant de finesse toujours.

Avec l'esthétique sonore actuelle, perdurent des considérations qui demeurent essentielles dans la nature d'un son:
Son homogénéité à travers tous les registres, la plénitude de son timbre, sa douceur, sa force, ses couleurs, le legato absolu, son dessin, sa course, sa forme dans le temps, sa "pureté", sa "transparence", sa puissance, sa projection, etc..

Mais il existe d'autres qualités qui mériteraient d'être beaucoup plus développées:
Ses différentes naissances ou diversités d'attaques, son premier cri, son développement, sa souplesse, sa résonance (sa vie propre), son déclin et sa mort. Autant de considérations qui me paraissent plus relever du fond de la chose sonore plutôt que de sa forme et qui donne une meilleure dimension vertical à l'événement sonique, révélant davantage son jeu avec la pulsation et la manière dont il se faufile au travers des rigidités du tempo.

On s'avance ici vers l'utilité intrinsèque du son, celle de magnifier le silence et par suite, dans les manières de faire intervenir l'événement sonore dans l'espace aérien. Ici se situe la porte de l'Art musical.