mercredi 7 octobre 2009
Alessandro Barrico - l'interprétation musicale 01
La musique est un son qui n'existe que dans le moment où il est joué, et ce par un geste musical. Ce geste vivant qui conserve ou transmet la musique ne peut pas ne pas être corrompu par les variables infinies liées à ce geste vivant.
D'où la crainte constante de trahir l'original pour certains, car il se peut alors de le perdre à jamais. C'est un complexe de culpabilité inconnu des autres domaines de l'art.
Cette crainte paralyse encore l'interprétation.
Je pense qu'on s'est affranchit il y a déjà fort longtemps (début 20°siècle) de transmettre un art musical authentique. Aujourd'hui, tout ce qu'on apprend n'a pas plus de 15 ans et est complètement chamboulé régulièrement.
Les bases et les valeurs sûres sont malmenées.
Une bonne solution serait de faire accepter au public une fois pour toute que le "vrai" Beethoven n'existe pas! Il est perdu à jamais! Ce serait comme garder un prisonnier évadé depuis longtemps.
Et bien des choses ont aussi changé depuis son temps.
L'unité d'une oeuvre d'art est son histoire intégrale, depuis ses formes originelles, jusqu'à ses manifestations postérieures.
Il n'existe donc pas d'original auquel rester fidèle.
Pendant longtemps, l'idée de l'interprétation, pour le public, a été cette catégorie "délétère" du sentiment.
Le mouvement qui conduit à l'interprétation, c'est celui qui laisse le texte courir sur les trajectoires de ses propres ambitions subjectives. C'est un mouvement qui existe en puissance à l'intérieur de n'importe quel texte et qu'il incombe simplement à l'exécutant, de libérer.
Dans l'interprétation véritable, ce qui se produit est la réinvention posthume de la musique par elle-même, non l'expression des sentiments de celui qui joue.
L'interprète est le dictionnaire dans lequel les langues des deux civilisations qui se cherchent (celle qui a vu naître l'oeuvre et celle qui la reçoit aujourd'hui), se rencontrent.
Ce n'est pas une part aléatoire laissée au goût ou à la fantaisie de l'individu.
Je pense que pour libérer une oeuvre que la tradition a figée, il faut décidément recourir au savoir acquis par les générations précédentes, et à celui transmis par la tradition orale.
L'interprétation aujourd'hui pour un musicien signifie ouvrir une certaine tradition de musique cultivée à l'aire libre de la modernité. Modernité qui a fait voler en éclat des catégories, des valeurs et des idéaux qui prévalaient du temps de l'oeuvre. La culture est aujourd'hui comme un grand "puzzle" fait de pièces de toute sortes, impossibles à hiérarchiser et à évaluer.
La musique cultivée était l'expression d'un système social et philosophique achevé et intelligible. La modernité est un non-système dont la règle est l'indéterminé, le provisoire, le partiel.
p.52
lundi 5 octobre 2009
Un peu d'interprétation
- Inflexions dynamiques à l'intérieur d'une même nuance.
- Changer d'archet sur une résolution de liaison, pour donner à cette dernière note, un petit "rien" subtil et expressif.
- Cultiver une oreille mélodique! La rigidité de l'accord mécanique du piano a fait perdre au musicien sa sensibilité mélodique.
- Les notes "gravitent" autour des I, IV et V° degré, comme des planètes. Les sensibles III et VII peuvent être abaissées ou montées suivant le mouvement mélodique. Les II et VI en sont aussi affectés.
- Brahms comptait à la croche...C'est dire que l'on joue sa musique trop vite en général.
- Le "rubato" selon le dictionnaire de Glove (et selon Casals) est "l'élément libre du temps" et ne se restreint pas à une période donnée de l'histoire. C'est un facteur inhérent à la musique, de tous les temps.
- Leopold Mozart avait raison quand il écrivait : "Ce que représente le temps volé peut-être plus facilement montré que décrit". Ou encore Tosi exprimait ce principe:
"Voler du temps est un vol honorable pour celui qui exécute mieux que les autres, à condition qu'il en fasse une restitution généreuse".
- Brisez votre violoncelle! Il vaut mieux avoir du caractère dans ce qu vous jouez que d'avoir une belle sonorité. Jouer "franchement" ne veut pas dire renoncer à toute subtilité ou raffinement. C'est jouer là où la musique l'exige, sans sentimentalité, ouvertement, sans retenue.
- Avec le subtil allongement d'une ou deux notes seulement à l'intérieur d'une mesure, Casals faisait des merveilles, différenciant entre elles des notes ayant des significations mélodiques ou harmoniques spéciales, apportant de la diversité à une mélodie construite de phrases séquentielles. Par exemple, en révélant l'âme lyrique dissimulée dans une mélodie faite de notes écrites de longueur égale (Brahms Op.99, 3ème mvt).
- Changer d'archet sur une résolution de liaison, pour donner à cette dernière note, un petit "rien" subtil et expressif.
- Cultiver une oreille mélodique! La rigidité de l'accord mécanique du piano a fait perdre au musicien sa sensibilité mélodique.
- Les notes "gravitent" autour des I, IV et V° degré, comme des planètes. Les sensibles III et VII peuvent être abaissées ou montées suivant le mouvement mélodique. Les II et VI en sont aussi affectés.
- Brahms comptait à la croche...C'est dire que l'on joue sa musique trop vite en général.
- Le "rubato" selon le dictionnaire de Glove (et selon Casals) est "l'élément libre du temps" et ne se restreint pas à une période donnée de l'histoire. C'est un facteur inhérent à la musique, de tous les temps.
- Leopold Mozart avait raison quand il écrivait : "Ce que représente le temps volé peut-être plus facilement montré que décrit". Ou encore Tosi exprimait ce principe:
"Voler du temps est un vol honorable pour celui qui exécute mieux que les autres, à condition qu'il en fasse une restitution généreuse".
- Brisez votre violoncelle! Il vaut mieux avoir du caractère dans ce qu vous jouez que d'avoir une belle sonorité. Jouer "franchement" ne veut pas dire renoncer à toute subtilité ou raffinement. C'est jouer là où la musique l'exige, sans sentimentalité, ouvertement, sans retenue.
- Avec le subtil allongement d'une ou deux notes seulement à l'intérieur d'une mesure, Casals faisait des merveilles, différenciant entre elles des notes ayant des significations mélodiques ou harmoniques spéciales, apportant de la diversité à une mélodie construite de phrases séquentielles. Par exemple, en révélant l'âme lyrique dissimulée dans une mélodie faite de notes écrites de longueur égale (Brahms Op.99, 3ème mvt).
mardi 9 juin 2009
Citation
Tibet: "La musique n'est qu'une ornementation de l'éternel silence sur lequel elle se déploie"
L'Exaltation
Pour donner vie à la musique, "il faut l'exaltation", disait Pablo Casals aux musiciens qui l'entouraient. Les variations sur un thème sont une sorte d'exaltation, le trille sur une seule note est une exaltation. Et le feu de l'exaltation dans lequel s'était forgé ses convictions se nourrissait lui-même de l'émerveillement constant où le plongeait la contemplation de la nature.
Il incitait donc tout musicien à se retremper dans la nature comme le faisaient Beethoven et Schubert dès qu'ils en avaient la possibilité, contempler quelque Mont Canigou, comme il le fit lui-même bien souvent, au lever du soleil.
Alors, leurs interprétations seront vivantes, authentiques parce que jaillissant des sources profondes, "avec leur âme".
Il semble que dans les domaines de la création et de la recréation musicale, il y ait de plus en plus d'appelés et de moins en moins d'élus. Pour remédier à cet état des choses, il faut remonter la pente dangereuse de la facilité et du rendement accéléré qui vont à l'encontre de l'art.
Paul Tortelier.
Ralentir et contempler la nature, pour écouter autour de soi et dans son for intérieur. Tel est l'unique voix pour trouver le chemin de l'expression pure.
Car le bruit acoustique, matériel et émotionnel de notre monde actuel détourne malheureusement nos sens vers des perceptions bien déformées, à l'image de ces ondes radios brouillées par une surcharge de l'exploitation du réseau hertzienne.
Il incitait donc tout musicien à se retremper dans la nature comme le faisaient Beethoven et Schubert dès qu'ils en avaient la possibilité, contempler quelque Mont Canigou, comme il le fit lui-même bien souvent, au lever du soleil.
Alors, leurs interprétations seront vivantes, authentiques parce que jaillissant des sources profondes, "avec leur âme".
Il semble que dans les domaines de la création et de la recréation musicale, il y ait de plus en plus d'appelés et de moins en moins d'élus. Pour remédier à cet état des choses, il faut remonter la pente dangereuse de la facilité et du rendement accéléré qui vont à l'encontre de l'art.
Paul Tortelier.
Ralentir et contempler la nature, pour écouter autour de soi et dans son for intérieur. Tel est l'unique voix pour trouver le chemin de l'expression pure.
Car le bruit acoustique, matériel et émotionnel de notre monde actuel détourne malheureusement nos sens vers des perceptions bien déformées, à l'image de ces ondes radios brouillées par une surcharge de l'exploitation du réseau hertzienne.
Ouverture
Ce blog a été crée pour me servir de terrain d'étude et d'échange autour d'un sujet: Le SON.
Sujet vaste et passionnant, surtout dans le monde de la musique classique, ou "cultivée".
Il ne s'agira pas ici d'initier une nouvelle dissection de sa constitution physique, ni de re-situer de nouveau les limites qui le séparent du bruit.
On se propose ici d'observer son fonctionnement dans le langage musical classique occidental, et de voir comment il peut agir dans un seul et même but:
Exprimer les sentiments humains.
En bon observateur et en bon chercheur, tel un scientifique acharné, force est de constater que le son recèle d'innombrables possibilités existentielles.
De sa naissance, en passant par sa conduction, et jusqu'à sa mort, il est doué d'une infinité de visages, tel un numéro de Loto que l'on essaierait de décliner sous toutes ses combinaisons, pour finalement, si existence il y a, dénicher les heureux vainqueurs de la super-cagnotte expressive.
Depuis quelques décennies, l'électronique a permis d'explorer les propres limites du son, au-delà du physiquement réalisable, observant son âme sous toutes ses coutures et l'amenant aux confins des formes humaines, et parfois encore, vers des mondes totalement surréalistes.
Qu'en était-il avant cette nouvelle ère moderne?
Qu'entendaient les musiciens des époques passées et que cherchaient-ils?
Je veux croire qu'en toute période de l'histoire de la musique, comme à l'ère informatique, de telle études sur le plan sonore ont toujours existé, mêlant bon sens, objectivité et discernement.
Etudes toujours renouvelées avec un engouement sans bornes par des musiciens-compositeurs toujours plus au faîte de leur art et de leur sens.
On peut se demander si leur acuité auditive n'était pas simplement plus grande que la nôtre aujourd'hui, nous qui subissons tant d'agressions du monde extérieur et qui fréquentons des endroits très éprouvant pour nos oreilles (y compris les musiciens et moi le premier) comme les discothèques et autres métros enragés. Leur acuité a pu être d'autant plus préservée et développée que le monde sonore des siècles passés était plus calme. De plus, leur musique, la musique "cultivée" et même traditionnelle, était dévoué à des fins esthétiques très précises, souvent imprégnées d'esprit et de pensées philosophiques, à l'image d'un met extraordinaire seulement né d'une riche et exigeante combinaison de savoir pratique et théorique.
Véritables commandements à la vie sonore, ces esthétiques, suivant les époques, incluaient principes purement terriens et conceptions philosophiques plus spirituelles, telle cet ordre parfait:
- Imiter la parole humaine, sa voix et ses inflexions (règle d'or dans presque toutes les civilisations du monde) pour, ainsi, faire renaître sur terre le langage céleste.
Ces réflexions sont nées au fur et à mesure de mon expérience musicale en tant qu'instrumentiste, partant d'une constatation simple et appuyée avec le temps:
Notre Tradition musicale occidentale actuelle se dévoue essentiellement à la reproduction d'un son qui évolue sans cesse et ce, de plus en plus rapidement. Cette accélération semble attirer toutes les influences sonores vers une homogénéisation globale tel des corps célestes se réunissant sous l'effet d'une force gravitationnelle qui augmente sans répit.
Je parle ici du son et non de l'imagination de chaque artiste, qui tend à s'unifier, tout en réclamant toujours, bien sûr une attention phénoménale à chaque musicien pour l'élaborer avec autant de finesse toujours.
Avec l'esthétique sonore actuelle, perdurent des considérations qui demeurent essentielles dans la nature d'un son:
Son homogénéité à travers tous les registres, la plénitude de son timbre, sa douceur, sa force, ses couleurs, le legato absolu, son dessin, sa course, sa forme dans le temps, sa "pureté", sa "transparence", sa puissance, sa projection, etc..
Mais il existe d'autres qualités qui mériteraient d'être beaucoup plus développées:
Ses différentes naissances ou diversités d'attaques, son premier cri, son développement, sa souplesse, sa résonance (sa vie propre), son déclin et sa mort. Autant de considérations qui me paraissent plus relever du fond de la chose sonore plutôt que de sa forme et qui donne une meilleure dimension vertical à l'événement sonique, révélant davantage son jeu avec la pulsation et la manière dont il se faufile au travers des rigidités du tempo.
On s'avance ici vers l'utilité intrinsèque du son, celle de magnifier le silence et par suite, dans les manières de faire intervenir l'événement sonore dans l'espace aérien. Ici se situe la porte de l'Art musical.
Sujet vaste et passionnant, surtout dans le monde de la musique classique, ou "cultivée".
Il ne s'agira pas ici d'initier une nouvelle dissection de sa constitution physique, ni de re-situer de nouveau les limites qui le séparent du bruit.
On se propose ici d'observer son fonctionnement dans le langage musical classique occidental, et de voir comment il peut agir dans un seul et même but:
Exprimer les sentiments humains.
En bon observateur et en bon chercheur, tel un scientifique acharné, force est de constater que le son recèle d'innombrables possibilités existentielles.
De sa naissance, en passant par sa conduction, et jusqu'à sa mort, il est doué d'une infinité de visages, tel un numéro de Loto que l'on essaierait de décliner sous toutes ses combinaisons, pour finalement, si existence il y a, dénicher les heureux vainqueurs de la super-cagnotte expressive.
Depuis quelques décennies, l'électronique a permis d'explorer les propres limites du son, au-delà du physiquement réalisable, observant son âme sous toutes ses coutures et l'amenant aux confins des formes humaines, et parfois encore, vers des mondes totalement surréalistes.
Qu'en était-il avant cette nouvelle ère moderne?
Qu'entendaient les musiciens des époques passées et que cherchaient-ils?
Je veux croire qu'en toute période de l'histoire de la musique, comme à l'ère informatique, de telle études sur le plan sonore ont toujours existé, mêlant bon sens, objectivité et discernement.
Etudes toujours renouvelées avec un engouement sans bornes par des musiciens-compositeurs toujours plus au faîte de leur art et de leur sens.
On peut se demander si leur acuité auditive n'était pas simplement plus grande que la nôtre aujourd'hui, nous qui subissons tant d'agressions du monde extérieur et qui fréquentons des endroits très éprouvant pour nos oreilles (y compris les musiciens et moi le premier) comme les discothèques et autres métros enragés. Leur acuité a pu être d'autant plus préservée et développée que le monde sonore des siècles passés était plus calme. De plus, leur musique, la musique "cultivée" et même traditionnelle, était dévoué à des fins esthétiques très précises, souvent imprégnées d'esprit et de pensées philosophiques, à l'image d'un met extraordinaire seulement né d'une riche et exigeante combinaison de savoir pratique et théorique.
Véritables commandements à la vie sonore, ces esthétiques, suivant les époques, incluaient principes purement terriens et conceptions philosophiques plus spirituelles, telle cet ordre parfait:
- Imiter la parole humaine, sa voix et ses inflexions (règle d'or dans presque toutes les civilisations du monde) pour, ainsi, faire renaître sur terre le langage céleste.
Ces réflexions sont nées au fur et à mesure de mon expérience musicale en tant qu'instrumentiste, partant d'une constatation simple et appuyée avec le temps:
Notre Tradition musicale occidentale actuelle se dévoue essentiellement à la reproduction d'un son qui évolue sans cesse et ce, de plus en plus rapidement. Cette accélération semble attirer toutes les influences sonores vers une homogénéisation globale tel des corps célestes se réunissant sous l'effet d'une force gravitationnelle qui augmente sans répit.
Je parle ici du son et non de l'imagination de chaque artiste, qui tend à s'unifier, tout en réclamant toujours, bien sûr une attention phénoménale à chaque musicien pour l'élaborer avec autant de finesse toujours.
Avec l'esthétique sonore actuelle, perdurent des considérations qui demeurent essentielles dans la nature d'un son:
Son homogénéité à travers tous les registres, la plénitude de son timbre, sa douceur, sa force, ses couleurs, le legato absolu, son dessin, sa course, sa forme dans le temps, sa "pureté", sa "transparence", sa puissance, sa projection, etc..
Mais il existe d'autres qualités qui mériteraient d'être beaucoup plus développées:
Ses différentes naissances ou diversités d'attaques, son premier cri, son développement, sa souplesse, sa résonance (sa vie propre), son déclin et sa mort. Autant de considérations qui me paraissent plus relever du fond de la chose sonore plutôt que de sa forme et qui donne une meilleure dimension vertical à l'événement sonique, révélant davantage son jeu avec la pulsation et la manière dont il se faufile au travers des rigidités du tempo.
On s'avance ici vers l'utilité intrinsèque du son, celle de magnifier le silence et par suite, dans les manières de faire intervenir l'événement sonore dans l'espace aérien. Ici se situe la porte de l'Art musical.
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